Naissance d’idée, osmose entre Reporters Sans Frontières et Soleil. Anne Nivat - célèbre grand reporter - et Daphné Collignon - auteur de bande dessinée - se rencontrent pour la première fois fin 2006.
Une rencontre qui donnera lieu à une association, mais surtout à une incroyable aventure humaine forte et exaltante.
CORRESPONDANTE DE GUERRE, à paraître le 11 mars, est un ouvrage à part...
Pas de grand reporter, pas d'auteur de bande dessinée ...
Juste une femme, vue par une autre femme ...
Rencontre :

Anne Nivat
Pourquoi avoir accepté ce projet ?
Je crois que cela aurait été indécent de ne pas l’accepter : la BD est un mode de communication, que je ne connais guère, il fallait en profiter, surtout qu’en pratiquant mon métier avec un tel souci du détail, dans l’observation permanente, mon obsession a toujours été de partager avec le plus grand nombre.
Et puis, je me suis dit que cela serait très complémentaire de l’écrit : Daphné a admirablement réussi à mettre en images certaines des séquences les plus émouvantes de ma vie dans la guerre. Les dessiner les rend encore plus réelles, et je lui en suis extrêmement reconnaissante. Je me suis rendue compte qu’elle fonctionnait comme au cinéma : toutes ces images que j’avais dans la tête, elle avait réussi à les faire vivre. C’est très émouvant.
Vous nous enrichissez grâce à des témoignages de l’intérieur. Mais pour ce projet, c’est Daphné qui pose son regard sur vous, comment l’avez-vous vécu ?
De façon assez naturelle, mais c’est sans doute parce qu’elle s’y est prise avec tact. Au début, je me disais que tout ce que Daphné allait « découvrir » ne pourrait pas vraiment être très intéressant car le sujet de mes reportages reste toujours l’autre, pas moi. Je ne suis là qu’en filigrane, et je me connais assez... Mais elle a réussi à mettre en exergue des aspects auxquels je ne faisais pas attention, c’est amusant. Grâce à cette « introspection » en forme de miroir, on rentre peut-être plus crûment dans ce qu’est ce métier de « correspondant de guerre », et on démystifie un peu son côté « glamour », du moins j’espère. Pour moi, c’est plus qu’un métier, c’est un mode de vie que j’aime de façon absolue, je ne pourrais en avoir un autre... se dévoiler pour montrer ce que l’on aime faire ne peut qu’être stimulant, non ?
Daphné Collignon
Pourquoi avoir choisi Anne Nivat ?
Comme je l’explique dans le livre, j’étais à la recherche d’une personnalité forte, capable de montrer le monde sous un jour différent. Après avoir passé 3 ans sur un univers très intimiste, j’avais très envie de me tourner vers l’extérieur, par l’intermédiaire d’une personnalité dont l’exemple puisse être utile aux autres. J’ai entendu Anne Nivat dans l’émission de F. Mitterrand sur France Culture l’an dernier, et j’ai tout de suite été séduite par le tourbillon de vie qui émanait de cette personne, et surtout de sa démarche journalistique très proche de certaines de mes propres convictions.

Quelle a été votre approche pour tisser ce livre-portrait ?
Nous avons décidé ensemble de faire un portrait. Le choix n’a pas été facile, parce que Anne n’avait jamais vraiment été « portraiturée », surtout de cette manière et qu’au final, comme elle le dit elle-même, elle n’est qu’une voie d’accès à des mondes que nous ne connaissons pas ou très mal. Toute la difficulté était donc de ne pas tout focaliser sur elle, ni d’en faire une héroïne, puisque ce qui compte surtout c’est ce qu’elle fait, la façon dont elle le fait et ce que cela peut changer dans notre manière d’aborder l’information, les médias, et tout simplement les autres. Sans peur. L’idée du carnet de voyage et de l’interview croisée avec mes propres questionnements s’est donc imposée progressivement d’elle-même... Pour retranscrire la vie, le bouillonnement, les émotions diverses, et les différents niveaux de réalité pouvant se croiser... Ainsi que la confrontation entre la personne lambda que je suis avec les questions de madame tout le monde, et Anne, avec son vécu et les réponses qu’elle peut apporter.
