

Blackberry et Strawberry sont deux nouvelles collections qui paraîtront chez Soleil respectivement fin août et fin septembre 2009.
Comment vous est venue l’idée de développer des histoires à destination du public féminin ?
En me promenant en librairie, tout simplement. J’avais développé une certaine affection pour la chick-lit (L’accro du Shopping, Journal d’une princesse…)
et un jour, en passant d’un rayon à un autre, j’ai pris conscience que l’équivalent BD n’existait pas.

Quelques exceptions et les shôjo mis à part, rien n’était fait pour les lectrices, qui forment un public pourtant non négligeable. Il y avait bien Witch (par Barbucci et Canepa), une histoire pour ado que Disney avait développé voilà dix ans. Mais depuis, plus grand chose n’avait été fait dans ce domaine.
Comme j’étais scénariste chez Soleil (SINBAD),
je leur ai proposé l’idée de collection Strawberry qui devait développer des histoires légères et fun pour adolescentes. Cela fait presque un an, maintenant ! La collection compte aujourd’hui pas mal de projets. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que beaucoup d’auteurs avaient envie de développer leur fibre féminine depuis longtemps et qu’ils ont été ravis que Soleil le leur permette.
Alors que les histoires de filles sont encore une rareté dans le monde de la BD, vous lancez non pas une, mais carrément deux collections qui reprennent cette thématique. Ça ne fait pas un peu doublon ?
Pas du tout ! En vérité, au départ, la collection Blackberry n’était pas au programme. Elle a été développée par nécessité. Aurore et Algésiras avaient déjà signé le projet ELINOR JONES chez Soleil. Il s’agissait d’une histoire un peu tragique de couturière dans l’Angleterre Victorienne. De mon côté, je travaillais depuis plus de six mois avec Nora Moretti sur l’adaptation de LA PETITE PRINCESSE de Frances H. Burnett (plus connue sous le nom de PRINCESSE SARA).

J’avais en main ces deux projets très manifestement féminins, mais ils ne collaient pas au côté pop, fun et moderne que je souhaitais instaurer dans Strawberry. J’ai donc développé en parallèle la collection Blackberry qui se voulait plus romantique, avec un côté rêveur et historique souvent marqué.
Ainsi, Strawberry et Blackberry ont des lignes éditoriales très distinctes. Au niveau du public, je pense que ça se démarquera aussi. Les projets Blackberry sont généralement davantage destinés aux adultes que les projets Strawberry.
Mais la ligne éditoriale n’est pas la seule chose qui change entre ces deux collections. Il y a d’autres différences, n’est-ce pas ?
En effet, avec l’équipe Soleil, nous avons développé deux formats distincts. Pour Blackberry, c’était simple, puisque les histoires et la narration appelaient un format de BD classique de 48 pages, à 12,90 euros. C’est le format habituel chez Soleil.
En revanche, pour Strawberry, il a fallu imaginer quelque chose de vraiment différent. La narration des auteurs y est souvent beaucoup plus moderne, elle se rapproche bien plus du manga avec une structure explosée, des cases qui débordent, etc. De grandes pages n’auraient pas fait honneur à cette narration très vivante, on aurait risqué un effet confus. Nous avons donc imaginé un format proche du A5 (155x220 mm) de 96 pages, avec des grandes gardes pleines de clins d’œil et du vernis sélectif sur la couverture. Bref, on a voulu un objet aussi fun que son contenu. Et en plus, ces livres ne coûteront que 9,95 euros, un prix à hauteur de l’argent de poche de nos lectrices.
De féminin à féministe, il n’y a qu’un pas. Blackberry et Strawberry ont-elles pour objectif de faire avancer les choses dans ce domaine ?
C’est une question qu’on me pose souvent, pourtant ce n’est absolument pas l’objectif de mes collections !
Je ne me revendique pas moi-même comme féministe. Par ailleurs, je ne souhaite pas développer de séries intellectuelles ou intimistes. Le but de mes collections est en vérité très égoïste, « Girls, just want to have fun ! ».
Beaucoup de scénaristes m’ont proposé des « réflexions sur l’évolution de la femme dans la société actuelle ». Mais franchement, je tenais trop au côté ludique de ma collection pour les accepter et je les ai redirigés vers le label Quadrants, chez Soleil, ou même vers Futuropolis. Ils font ça bien mieux que moi !
Il ne faut pas en déduire que Strawberry et Blackberry sont un ramassis de bêtises pour écervelées. Mais j’ai une véritable passion pour la fiction que j’espérais bien exploiter ici.
La futilité peut être très jouissive, pourvu qu’elle soit maniée avec finesse.
Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’il n’y a presque que des femmes parmi vos auteurs. Alors hasard ou volonté ?
C’est vrai qu’ici la parité n’a pas franchement été respectée ! Les hommes qui travaillent dans mes collections se comptent sur les doigts d’une main.
Après, je ne saurais dire où s’arrête le hasard. Je pense que la vérité c’est tout simplement que les filles sont plus sensibles aux histoires de demoiselles ! J’ai reçu beaucoup de propositions d’auteurs « mâles », scénaristes ou dessinateurs, qui voulaient rejoindre la collection. Dans l’ensemble, j’ai décliné leurs offres, car bien que leurs projets aient souvent été bons, je n’y trouvais pas la sensibilité et l’aisance féminine qu’on trouve souvent chez les « auteures ».
Justement, le monde du neuvième art a la réputation d’être assez pauvre en « auteures », et on constate qu’il y a beaucoup de novices dans ta collection. Alors comment les as-tu rencontrées ?
Par le miracle du Net ! Sans rire, j’ai passé des centaines d’heures à écumer les blogs pour dénicher les talents qui m’aideraient à lancer la collection. Ce n’était pas évident, car une bonne illustratrice ne fait pas
forcément une bonne dessinatrice de BD et puis avant de se lancer on ne peut jamais savoir si un auteur aura assez de souffle pour faire tout un album. C’est la raison pour laquelle il y eut quelques mauvaises surprises… Mais il y en eut aussi d’excellentes avec Nephyla pour GEEK&GIRLY, Emilie Decrock pour STREET GIRLS, Ood Serrière et Kappou pour SWEETY SORCELLERY…
Après, il faut aussi préciser que j’ai beaucoup d’étrangers dans ma collection et particulièrement des Italiens qui sont connus pour l’élégance de leur trait. Outre Barbara Canepa qui m’avait envoyé Beatrice Penco Sechi (LADY DOLL), j’ai plusieurs réseaux italiens qui me présentent régulièrement des talents incroyables. La communication n’est pas toujours facile, mais quand on est motivé, on se débrouille !
Il y a encore une chose dont vous n'avez pas parlé, ce sont les beaux-livres Blackberry !
Oui, je gardais un peu cette info pour la fin, car là, on sort de la BD…
C’est encore une aventure qui a démarré par hasard. Depuis bientôt deux ans, j’essayais de mettre sur les rails un projet avec François Amoretti, dessinateur de grand talent. Mais nos essais de BD n’étaient pas concluants…
À côté de ça, François réalisait des petits livres sur le mouvement du Gothic-Lolita, ces princesses modernes venues du Japon. Et bien que ce soit à compte d’auteur, ses travaux remportaient un franc succès par le biais du Net et d’expositions. C’est ainsi que nous avons eu l’idée de réaliser un beau-livre sur la thématique des Gothic-Lolitas !
Ce sera un livre de 96 pages, format 247x267 mm. Son originalité, c’est qu’il sera écrit à la fois en français et en japonais. Il sortira pour Noël, et ce sera un bel objet à offrir.
La réalisation d’un beau-livre est très excitante et elle permet de développer l’univers des collections sous un jour différent. Aussi, j’ai pour ambition et espoir de réaliser un beau-livre chaque année sur une thématique féminine. Il y a déjà d’autres projets sur le feu, mais je ne vous dis pas lesquels, ce sera une surprise !
Prochains titres à paraître : dans la Collection Strawberry
GEEK & GIRLY - par Rutile et Nephyla - à suivre sur le Work in Progress

STREET GIRLS - Par Ericka Sarmiento et Emilie Decrock

dans la Collection Blackberry
SWEETY SORCELLERY - Collectif

SARA PETITE PRINCESSE - Audrey Alwett et Nora Moretti
