"Silverman", le troisième tome du
LIVRE DES DESTINS, à paraître le 23 septembre prochain, est très attendu par le public.
Le second tome "La Métamorphose" était dans la sélection officielle du Festival d'Angoulême 2009.
Que vous inspire cette reconnaissance du public et du monde de la bande dessinée ?

Franck Biancarelli : Cela m'inspire de la fierté, bien sûr, et me donne de l'énergie pour la suite.

Serge Le Tendre : Si on prend du plaisir à faire cette histoire et qu'en face certains en ont à la lire, on a alors l'impression d'avoir partagé quelque chose. Ce n'est déjà pas rien. Quant à la sélection à Angoulême, ce fut une surprise !

Dans ce tome, le lecteur expérimente un nouvel angle de vue grâce à un subtil procédé de mise en abyme. Comment vous est venue cette idée ? Etait-ce prévu depuis le premier tome ou le scénario et les modes narratifs ont-ils évolué au fur et à mesure des tomes ?

FB : Les deux. Depuis le premier tome nous expérimentons ces mises en abyme en multipliant les styles. Le livre des destins est un projet, le projet de parler des divers modes du récit. Pour autant la façon dont nous allions nourrir la bête, et à quel moment, n'était pas strictement arrêtée dès le début.
SLT : Avec Biancarelli, on avance à petits pas. Dans le cas de cet épisode, c'est un challenge que j'ai relevé suite à une de ses malicieuses propositions. Et il n'en manque pas, le bougre !

Souhaitiez-vous faire entrer le lecteur dans votre quotidien à travers les deux personnages que sont Joe, le dessinateur et Jerry, le scénariste ?
FB : Pour moi, la bande dessinée est le lieu de l'intime. Je ne crois pas au grand spectacle sur 10cm par 20cm. Donc l'intime se doit de toujours être présent dans une bande dessinée. Après, cela peut prendre des formes diverses. Cela peut se faire par petites touches dans l'histoire, le dessin montre aussi notre vision du monde... on peut également raconter son quotidien.
SLT : Mais notre quotidien est plutôt banal…À moi, les starlettes, à lui, les longues soirées plié sur la table à dessin.
Peut-on y percevoir quelques aspects de vos caractères respectifs ou de votre collaboration ?
SLT : On peut en prendre le risque.
Cet album est également l'occasion pour Franck Biancarelli de changer radicalement de registre graphique au sein d'une même série.
Est-ce évident, pour un grand amateur de bandes dessinées américaines, de dessiner un Comic ? Quelles sont les difficultés, les écueils à éviter ?
Comment vous êtes-vous documenté pour recréer cet univers si particulier des Comics d'entre-deux-guerres ? Quelles ont été vos principales influences ?
FB : La chose à éviter pour moi était de tomber dans l'exercice de style. 46 pages c'est très peu, ça oblige donc à ne pas être trop bavard ou à ne pas trop regarder son nombril.
Puisque Joe et Jerry sont des avatars de Siegel et Shuster, les créateurs de Superman, il était tentant d'imiter leur style pour les pages de notre propre héros, Silverman. Il y avait une certaine logique à ça.
Mais nous avons rejeté ce procédé qui n'aurait finalement contenté que nous et quelques esthètes de la bande dessinée.

Je voulais que le procédé soit puissant visuellement mais que l'on puisse le saisir au-delà de la référence. J'ai donc choisi de ne changer que très peu mon style de dessin mais de lui donner l'apparence formelle des Comics de l'époque par l'entremise d'un traité du type "Bendé" (système de trames qui apparaissent grâce à un révélateur laissant un lavis beige).
Ensuite, sur le reste de l'album, j'ai essayé de rendre hommage aux divers modes de cadrages des années 70, 80 ou 2000 (pas les années 90 car je n'aime pas vraiment la tendance dominante de ces années-là).
Petite question subsidiaire : Pourriez-vous nous dire, dès à présent, vers quel style narratif va tendre le prochain album ?
FB : 10 ans ont passé. Nous retrouvons tous nos héros à Hollywood. Nous allons, ainsi, nous confronter aux modes narratifs du cinéma.
Ce sera très intéressant pour moi, car contrairement aux apparences, ils sont fort différents de ceux de la bande dessinée.
Ah oui ! … Le dessin réintègrera les cases, ce qui devrait faire plaisir à Serge.
