
Rencontre avec ANGE pour la sortie le mercredi 28 octobre du premier tome de leur toute nouvelle série d’Historique-Aventure MARIE DES DRAGONS.
Pouvez-vous nous raconter la genèse du projet ?
ANNE : Nous voulions retourner vers une aventure qui nous permette de développer un personnage sur plusieurs tomes. Gérard et moi avons grandi avec les mêmes références, en lisant des classiques comme Thorgal, les Passagers du Vent, les Compagnons du Crépuscule, Comanche, Bob Morane… Nous voulions écrire une série que nous aurions aimé lire à cette époque, retrouver le plaisir d’une bande dessinée grand public à la narration classique, qui renoue avec nos racines de lecteurs de BD…
GÉRARD : MARIE DES DRAGONS n’est absolument pas une nouvelle série d’heroic fantasy. Nous avions d’ailleurs pensé à faire de l’historique pur puis avons opté pour de l’historique-aventure !
ANNE : Ce qui permettait une plus grande liberté pour jouer avec les univers…
L’un des points forts de cette nouvelle série est l’originalité du scénario : comment le travaillez-vous ?
GÉRARD : C’est un peu comme un millefeuille…
ANNE : Oui, chacun donne une idée, on en discute, on rebondit … Souvent nous prenons la première idée, la retournons et arrivons après des heures de brainstorming à tomber d’accord. Après de longues discussions serrées, nous faisons un premier jet, chacun le relit, le corrige, et in fine, nous ne savons plus qui a fait quoi !
GÉRARD : En réalité, nous bossons plutôt comme des scénaristes audiovisuels, une couche après l’autre. Nous travaillons réellement à quatre mains et c’est aussi pour cela que nous signons sous un seul nom.
Vous avez toujours signé sous pseudonyme, même à vos débuts ?
ANNE : Oui ! En réalité, nous avons commencé un peu par hasard en écrivant pour Hachette Un Livre dont vous êtes le héros. Comme nous étions très fiers de nous, nous disions à qui voulait l’entendre dans la librairie que nous fréquentions que nous étions « écrivains » ! (rires) Il se trouve qu’un des clients était Erik Juszezak et qu’il avait besoin d’aide pour le scénar de sa première BD chez Glénat. C’est comme ça que nous avons mis le pied dans le milieu…
GÉRARD : Et comme à l’époque, l’éditeur ne voulait pas mettre plus de deux noms en couverture, nous avons choisi le mélange de nos prénoms, à savoir G. E. Ranne -avec des initiales à la J.R.R. Tolkien !
ANNE : Puis nous avons arrêté quelques temps la BD pour créer des jeux de rôles et écrire nos premiers romans polar-SF. Lorsque nous sommes revenus dans le milieu, nous avons opté pour Ange et notre carrière a décollé à ce moment-là. Parallèlement, nous commencions à multiplier les romans chez de gros éditeurs (Bragelonne, Mango, Intervista,…) donc nous avons décidé de garder un unique pseudo.

Justement, comment choisissez-vous les thèmes destinés à vos bd et ceux pour vos livres ?
GÉRARD : Paradoxalement, MARIE DES DRAGONS pourrait être facilement un roman…
ANNE : J’ai une anecdote à ce propos ! Quand, lors d’un déjeuner, j’ai « pitché » MARIE DES DRAGONS à Stéphane Marsan notre éditeur chez Bragelonne, il s’est outré que nous ne lui ayons pas proposé ! Il faut savoir qu’il édite Ayesha La Légende du Peuple turquoise, un de nos cycles de livres tellement dense qu’il serait impossible à faire en BD (ou alors en une infinité de tomes)… D’un autre côté, bien que l’univers de MARIE DES DRAGONS soit assez riche pour en faire un roman, son développement très visuel se prête particulièrement bien à la BD.

Univers visuel qui nous amène à votre dessinateur, Thierry Démarez…
ANNE : Il faut dire que Thierry est aussi un grand fan de Thorgal et des grandes séries classiques. Quand il a dessiné le septième tome de LA GESTE DES CHEVALIERS DRAGONS, nous avions trouvé ça tellement magistral que nous voulions refaire quelque chose avec lui. C’est au cours d’une de nos discussions, alors que l’on parlait tous les trois de notre amour pour le dessin de Rosinski que l’idée de développer ensemble notre grand projet de série grand public est devenue une évidence ! Nous avons donc crée le scénario en pensant à lui et à ses envies de dessinateur.
GÉRARD : Quand vous avez à votre disposition un artiste capable de tout faire et surtout de dessiner avec précision le monde médiéval, vous pouvez orienter le scénario sur mesure. Une collaboration parfaite car, comme c’est un bourreau de travail qui dessine aussi vite que bien, nous avons construit l’histoire avec la certitude que les épisodes sortiraient de manière rapprochée… Cerise sur le gâteau, nous avons la chance d’avoir aussi un superbe coloriste -Nicolas Bastide- qui travaille magnifiquement… et dans les délais !
Comment travaillez-vous avec Thierry : lui donnez-vous un script précis ou le laissez-vous faire son découpage ?
ANNE : Nous faisons des découpages extrêmement précis : tous les dessinateurs qui ont travaillé avec nous peuvent le confirmer (rires)…
GÉRARD : … Car c’est parfois très contraignant pour eux ! Maintenant, comme nous livrons notre scénario quatre pages à la fois, nous pouvons toujours nous adapter et décaler suivant l’inspiration du dessinateur. Le fait de travailler en flux tendu permet d’être quasiment à ses côtés et de s’ajuster au plus près de son travail.
ANNE : Il arrive d’ailleurs très souvent que le scénario évolue en fonction de certaines planches qui l’ont particulièrement inspiré et qui nous donnent des idées supplémentaires !
GÉRARD : Tout se passe bien avec un dessinateur quand il sait ce que l’on attend de lui, et que de son côté, il prend des libertés parce qu’il ne doute pas que cela nous plaira. Ce niveau de complicité artistique, cette alchimie est tellement difficile à obtenir que c’est un réel bonheur de travailler avec Thierry sur MARIE DES DRAGONS.
ANNE : La seule chose, c’est qu’il nous en demande plus ! Il travaille vite et aime avoir une vue d’ensemble. Comme quatre planches de scénario ne veut pas dire une scène complète, il est parfois frustré de ne pas pouvoir tout visualiser pour sa mise en scène. Mais ce souci du détail sert les personnages…
Justement, Marie est entourée de second rôles forts, comme le sage Jean de Clermont ou son fidèle ami, William…

GÉRARD : Oui et si ce dernier s’appelle William, c’est un clin d’œil à Bill Ballantine, le copain de Bob Morane !
ANNE : Et c’est aussi le prénom du journaliste dans Alias ! (rires) C’est vrai qu’il est rare de voir une amitié forte entre homme et femme en bande dessinée, il y a plus souvent des histoires d’amour. Là, nous avons assez de tomes pour pouvoir développer leur relation fraternelle. En fait, les personnages de William et Jean sont deux versants de Marie : William, c’est la Marie qui a survécu à tout, tandis que Jean correspond à la Marie bien éduquée, la femme qu’elle aurait été sans le massacre de sa famille…
GÉRARD : Et à la place, elle est devenue Conan le Barbare ! (rires)
ANNE : Jean est aussi l’amoureux qu’elle aurait pu avoir si tout s’était bien passé !
Avez-vous déjà défini la totalité du déroulement de la série ?
ANNE : Oui, nous avons déjà toutes les clefs de l’histoire même si nous n’avons pas arrêté de cycles ou de nombre de tomes. Vous verrez, l’avenir de Marie réserve bien des surprises…

Découvrez en cliquant ici les premières planches

Comme tous les enfants de douze ans, Marie s’apprête à passer son initiation en forêt. Le but ? Affronter ses peurs en solitaire et ramener le coeur d’un animal bravement terrassé. Armée de l’épée que son parrain lui a offert, elle rentre victorieuse pour découvrir son village pillé, vide de survivants…
Quinze ans après ce massacre, la douce enfant est devenue une guerrière intrépide. Accompagnée de William, frère d’arme et fidèle ami, la flamboyante mercenaire parcourt l’Empire de France, vendant au plus offrant ses services armés. Services de plus en plus demandés depuis qu’hallucinations et étranges apparitions de monstres (nommés dragons par l’empereur) se multiplient dans le pays. Justement, le Duc d’Herbeval sollicite son aide pour une mission à Enguerrande, le soir de la Saint Georges… L’heure de la vengeance a sonné ! Dans la lignée des grands récits épiques de notre enfance, la saga de Marie nous offre une quête identitaire inclassable.
Au détour de cette France médiévale inconnue, les auteurs nous entraînent de rebondissements en mystères, pour découvrir la surprenante destinée de cette héroïne en armure. Mêlant habilement chevalerie et fantastique, cette aventure riche en surprises va vous terrasser !